En marche pour la certification

Publié le 30/01/2017 | Par Florence Duflot, Chef de rubrique

Article papier / Magazine

Atomisée, non réglementée et insuffisamment connue, la profession d’expert d’assurés s’impose progressivement. Expertise préalable et expertise contradictoire après sinistre s’avèrent précieuses. Exemples à l’appui.

Moment critique. Lorsque survient un sinistre, l’assuré juge son assureur et la qualité de sa gestion. Et c’est à ce moment précis, si le sinistre est d’une ampleur significative, qu’il a besoin d’être écouté et accompagné. Or, aujourd’hui encore, beaucoup d’assurés ne savent pas qu’ils peuvent faire appel à un expert d’assurés. Pourtant, le Code des assurances et les dispositions mêmes des contrats prévoient et instaurent que l’assuré a la faculté de choisir et nommer son propre expert pour l’assister dans toutes les étapes du règlement de sinistre. L’expertise contradictoire après sinistre est une solution efficace pour trouver une issue amiable. Contrairement à l’expert d’assurance, qui est désigné par une compagnie d’assurance pour son compte, l’expert d’assurés est totalement indépendant des compagnies, juridiquement et économiquement.

De l’expertise préalable...

Il peut aussi intervenir en amont pour estimer les biens personnels et professionnels. Cela évite la sous-assurance, simplifie le règlement du sinistre et contribue à améliorer les relations entre assurés et assureurs. Cette expertise dite préalable concerne les biens corporels et immatériels. Elle permet une meilleure appréhension du montant des dommages et concourt efficacement à la justification de l’existence et de la valeur des biens, le jour du sinistre. Les membres du syndicat professionnel Upemeic, de par leurs travaux d’estimation préalable, évaluent chaque année 200 Md€ de capitaux. (…) De son côté, Expertises Galtier consacre 30 % de son activité à l’estimation des valeurs d’assurance pour les bâtiments, matériels et perte d’exploitation (PE). Au regard du marché global de l’expertise, les experts d’assurés pèsent peu.

(…) Cette profession non réglementée, très masculine, est atomisée. Deux syndicats professionnels fédèrent des cabinets à la taille et l’organisation différentes. L’Upemeic, syndicat historique créé en 1947, rassemble 5 grands cabinets (…), soit environ 500 personnes. Le poids lourd, Expertises Galtier, emploie en France 275 collaborateurs, répartis dans 15 bureaux. « Notre particularité est d’avoir constitué des équipes pluridisciplinaires et de nous appuyer pour l’international sur nos partenaires belges et espagnols » (…).

Beaucoup plus jeune, puisqu’elle a vu le jour en 2012, La Fédération des experts d’assurés (Fedexa) regroupe 25 cabinets indépendants implantés sur l’ensemble du territoire. Ces structures de plus petite taille comptent de une ou deux personnes à une dizaine pour les plus grosses. (…)

... à l’expertise contradictoire

Leur recrutement n’est pas si facile. Et il n’existe pas de profil type. Peu de jeunes y font leurs premières armes car encore trop peu de cabinets embauchent et les forment au métier (…) Dans cette profession, le niveau de diplôme est élevé, généralement bac + 4, + 5. La plupart ont une formation d’ingénieur : École des mines, Centrale, Bâtiment TP, ou d’architectes. D’autres sont juristes, financiers ou d’anciens experts de compagnies. (…) Il existe très peu d’écoles spécialisées ou filières universitaires. « L’IUT de Nîmes propose une des rares formations afin de préparer une licence professionnelle en expertise du bâtiment », indique Thierry Madic (Expertises Galtier). Cette population vieillit aussi. L’âge moyen tourne autour de 50 ans et l’ancienneté moyenne est d’une vingtaine d’années.

Des dossiers IARD mais aussi corporels

En expertise post sinistre, les experts d’assurés interviennent principalement sur les dossiers IARD. Les incendies constituent la très grande majorité des sinistres qu’ils ont à traiter, jusqu’à 85 % pour certains professionnels (Expertises Galtier). Ils sont également sollicités sur des bris de machines, PE, vol, dégât des eaux et à l’occasion de catastrophes naturelles, inondations, tempête, effondrement. Depuis plusieurs années, les sinistres dus aux désordres climatiques s’accroissent, alors que les dégâts des eaux et les vols ont tendance à diminuer du fait des mesures de prévention.

Mais certains se sont spécialisés sur les dossiers corporels. Ceux-là sont beaucoup moins nombreux. Cette expertise nécessite des compétences particulières, notamment dans le domaine médico-légal. Marylène Gaucherot, qui a créé en 2010 Recours assistance, défend des victimes d’accidents de la route et de la vie, d’infection nosocomiale et d’aléa thérapeutique.

Expertises Galtier réfléchit sur l’accompagnement de ce type de prestation sensible.
En expertise post sinistre, le nombre de missions traitées à l’année varie en fonction de la taille du cabinet. Leur durée est liée à la complexité du sinistre, de deux ou trois mois à plusieurs années lorsqu’il y a recherche de causes et circonstances. « Même si l’importance de certaines franchises ou l’auto assurance conduisent dans certains cas à l’expertise unique, l’expert d’assurés reste le mieux positionné tant par son expérience dans l’établissement d’une réclamation que par son indépendance vis-à-vis des assureurs pour assurer cette prestation », souligne le président Upemeic.

En dommages, les petits sinistres de masse en deça de 20 K€ ne nécessitent pas de faire appel aux experts d’assurés. Ceci explique que les clients d’experts d’assurés soient aux trois-quarts des personnes morales, des grands comptes, PME, des collectivités ou des particuliers patrimoniaux. Les adhérents de la Fedexa observent toutefois un changement de comportement de la part des consommateurs aux revenus plus modestes. Davantage qu’auparavant, ils souhaitent se faire conseiller. Le plus souvent, les clients les sollicitent sur la recommandation des agents généraux et des courtiers d’assurance. Tous les experts d’assurés ne démarchent pas en direct les sinistrés.

Dans le cadre de l’expertise post sinistre, leur mission est multiple. Il leur appartient d’assister l’assuré pour les mesures immédiates, de constituer le dossier de réclamation, d’analyser le contrat d’assurance, de chiffrer les pertes et dégâts et d’obtenir une proposition d’indemnisation de l’assureur. (…)

Accompagné de l’expert qui œuvre pour un règlement à l’amiable, l’assuré peut plus facilement évaluer ses dommages et faire valoir ses droits. Il percevra plus rapidement une juste indemnité. (…)

La situation est identique sur les dossiers IARD. Plus de 95 % sont réglés à l’amiable. Moins de 3 % font l’objet d’un contentieux et vont en justice pour cause le plus souvent de désaccord sur le chiffrage des dommages. (…)

Les nouveaux outils de l’expertise

Pour exercer leur métier, les experts d’assurés sont dotés d’outils modernes, tels mobile et PC portable le plus souvent, tablette parfois. Ils sont aussi équipés de télémètre, caméra thermique pour les DDE, appareil photo. En fonction de leurs activités annexes, ils peuvent avoir investi dans des logiciels spécifiques de DAO. (…) Ils ont par ailleurs tous développé des sites internet et sont présents sur les réseaux sociaux.
Avec les agents et les courtiers qui agissent comme prescripteurs, ils entretiennent de très bonnes relations et se considèrent comme de vrais partenaires. (…)

Des honoraires libres

Dans le cadre de leurs missions, les experts d’assurés sont libres de fixer leurs honoraires. Ceux-ci représentent un pourcentage dégressif du montant de l’indemnisation versée à l’assuré. (…)

Pour les estimations préalables de biens, ils se font rémunérer parfois à la vacation, ou au forfait selon le temps passé. Les experts d’assurés se montrent optimistes sur l’évolution de leur métier. (…)

De son côté, Expertises Galtier est convaincu du besoin d’accompagnement des entreprises. Le durcissement des compagnies dans leurs règlements peut aussi occasionner davantage de missions.

Trois questions à Stéphane Debeauve, président d’Upemeic
Par Florence Duflot, Chef de rubrique - Le 30/01/2017 - Magazine n° 221

 « La création d’un label serait un gage de qualité pour les assurés »

Quel est le poids aujourd’hui d’Upemeic dans le monde de l’expertise ?

Le métier d’expert d’assurés existe en France depuis près de cent quarante ans. Il est représenté par le syndicat Upemeic depuis 1947. Celui-ci est à l’origine de la convention collective nationale de l’expertise applicable à l’ensemble des sociétés d’expertise. En 2015, ses statuts ont été refondus et une nouvelle organisation a été mise en place avec le recrutement d’une déléguée générale. Il regroupe actuellement les cinq acteurs majeurs* de l’expertise d’assurés qui emploient près de 500 personnes. Pour devenir membres, les sociétés doivent être établies de manière indépendante depuis plus de cinq ans, avoir un effectif minimum de trois salariés et exercer obligatoirement la double activité d'expertise préalable de capitaux d’assurance et d'expertise amiable et contradictoire après sinistres, et adhérer à la Charte de déontologie et d’éthique.

Quels sont les travaux actuels d'Upemeic ?

La profession d’expert d’assurés n’est pas réglementée, ce qui lui crée du tort. Nous estimons que la création d’un label propre serait un gage de qualité pour les clients assurés. Aussi, Upemeic s’est engagé dans une démarche de certification de service de ses membres. Un référentiel métier accrédité Cofrac est en cours d’élaboration. La certification par Bureau Veritas validera l’organisation et les processus selon les critères objectifs de ce référentiel. Le déploiement de cette démarche est prévu cette année. Une deuxième étape pourrait consister à nouer des partenariats avec des universités ou écoles pour délivrer une formation appropriée.

Quelle est la vision d’Upemeic sur l’avenir du métier ?

Afin de faire valoir le métier d’expert d’assurés et mieux le faire connaître, nous avons engagé des relations avec les organismes professionnels : FFA, CSCA, Amrae. Nous sommes convaincus que notre conseil éclairé et indépendant constitue une vraie valeur ajoutée pour l’assuré. Notre force tient dans notre dynamisme. Même si la prévention permet d’abaisser le taux de sinistralité, il y aura toujours des sinistres. Et les assurés auront toujours besoin d’un accompagnement. Aussi, nous envisageons l’avenir de façon positive.

* membres fondateurs : Collomé frères, Expertises Galtier, Cabinet Roux, Cluster conseils, Dantard expertises.


 

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